MÉMOIRE





MÉMOIRE faculté de conserver et de reproduire la notion d'une chose absente ou d'un fait passé. Chacun de ses actes comprend quand il est complet 1° la reproduction spontanée (souvenir) ou la reproduction volontaire (rappel) d'une notion précédemment acquise 2° la notion du temps où l'objet du souvenir a été perçu 3" la croyance à la continuité de notre existence depuis le moment où nous avons perçu cet objet ( Voy. DURÉE TEMPS IDENTITÉ PERSONNELLE). C'est par là que la mémoire se distingue de la perception externe et de l'imagination. L'exercice de la mémoire suppose trois choses apprendre retenir et se rappeler auxquelles répondent trois qualités la facilité la ténacité la promptitude. Les conditions intellectuelles dont elles dépendent sont 1° l'attention au moment où l'objet est connu et où sa notion est reproduite 2° la répétition de Pacte par lequel l'objet est connu 3° l'association des idées ( Voy. ce mot) p. ex. pour apprendre des vers par cœur il faut les lire avec attention répéter cet acte à plusieurs reprises et associer les mots dans l'ordre où ils sont lus de telle sorte que le premier rappelle celui qui vient après lui et ainsi de suite. Ces trois choses dépendent de la volonté il en résulte que la mémoire peut être augmentée par l'exercice et aidée par l'art ( Voy. ATTENTION MNÉMONIQUE). En outre comme l'association des idées présente d'assez grandes différences selon les esprits il y a plusieurs espèces de mémoires mémoire des choses des mots des lieux etc. elles sont assez distinctes pour que l'on perde l'une tout en conservant les autres. La mémoire est aussi soumise à l'influence des causes physiques les excès l'affaiblissent une maladie l'altère une attaque de paralysie peut la détruire. De là vient qu'elle varie selon les âges et les individus. On a fait pour expliquer la mémoire des hypothèses analogues à celles auxquelles a donné lieu la perception externe. Démpcrite et Ëpicure supposent que le souvenir est une image conservée par le cerveau. Platon dans le Théétète compare la mémoire à une tablette de cire où nous imprimons comme avec un cachet toutes les choses que nous avons vues ou entendues ou pensées de nous-mêmes par suite nous nous souvenons de tout ce qui y a été empreint tant que l'image en subsiste et lorsqu'elle est effacée ou qu'il n'a pas été possible qu'elle s'y gravât nous l'oublions et nous ne le savons pas. Cette comparaison employée aussi par Aristote qui rattache la mémoire à l'imagination (Voy. PERCEPTION) est devenue la formule propre de l'Empirisme qui assimile l'âme à une table rase ( Voy. EMPIRISME). Les Stoïciens s'en servirent en professant que la sensation est dans le sens propre une image imprimée dans l'âme et que le souvenir est la permanence de cette empreinte. Plotin (Enn. III 1. vi 2 Enn. IV 1. ni 26 et 1. vi 3) a réfuté cette erreur en établissant que la perception n'est pas une simple modification passive de l'âme encore moins une image corporelle mais un acte intellectuel par suite que le souvenir est la conservation et la reproduction de cet acte ce qui explique l'influence de l'exercice et celle de l'association des idées. Cette théorie a été développée parSt Augustin (Confessions X8) par Boëce (Consolation de la philosophie V 8 9) et dans les temps modernespar Leibnitz (NouveauxessaisII 10) etc. On a aussi essayé d'expliquer la mémoire par des hypothèses physiologiques les Cartésiens par celle des esprits animaux Hartley et Bonnet par le renouvellement des vibrations qu'ils attribuent aux fibres cérébrales etc.


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