BEAU





BEAU On adonné du beau des définitions assez diverses, parce qu'on a souvent pris une de ses conditions pour son essence même. Pour bien déterminer celle-ci, on doit étudier le beau de préférence dans l'homme. Si l'on considère en cet être supérieur tous les éléments de la beauté physique, intellectuelle etmorale, la forme et l'attitude du corps, l'énergie, l'adresse ou la grâce des mouvements, la puissance du geste, du regard et de la voix, enfin la parole, interprète fidèle de la pensée, on reconnaît que toutes ces choses ne nous charment et ne nous émeuvent que parce qu'elles sont la manifestation de la vie, qu'elles nous offrent l'image visible d'une âme invisible, qu'elles nous révèlent les qualités excellentes ou aimables de l'esprit et du cœur. Les autres êtres ne nous paraissent beaux qu'autant que nous retrouvons en eux a quelque degré un de ces caractères ou son symbole : dans le minéral, la régularité des formes et la couleur; dans le végétal, le premier épanouissement do la vie ; dans l'animal, la sensibilité, le mouvement, une image de nos qualités intellec- tuelles et morales ; enfin, dans les spectacles de la nature, l'ordre et la grandeur, qui impliquent intelligence et puissance, et une variété d'aspects qui éveille en nous des sentiments divers selon les dispositions de notre âme. Cette analyse rapide montre que partout le beau est l'expression des caractères constitutifs de l'être, qu'il implique l'union harmonieuse de deux éléments, d'une idée et d'une bonne.Sa contemplation met en jeu les sens, qui perçoivent la forme, puis l'imagination, qui se représente à la fois la forme et l'idée dans leur fusion intime; enfin, elle excite une émotion agréable, comme la sympathie, ladmi-ration, l'amour. Outre le beau réel, qui se manifeste dans la nature et dans l'homme, il y a le beau idéal, qui est l'objet de l'art. L'art n'a point pour but la simple imitation de la nature, selon la théorie qui remonte à Aristote, ni la représentation d'une généralité abstraite et indéterminée, incompatible avec l'existence réelle, comme on l'a enseigné en s'autorisant de certains exemples de l'art grec et de la théorie platonicienne de l'idéal; il doit s'inspirer de la nature sans la copier, et lui emprunter ses formes pour composer une œuvre où, à la beauté la plus haute, se joigne un caractère frappant de vérité, comme on le voit dans les sculptures du Parthénon. En général, l'art peut se définir une création libre de l'esprit exprimant une idée par une forme, selon les conditions que lui imposent les matériaux qu'il emploie, la pierre, la couleur, le son, la parole ; il faut que, en s'adressant à la vue ou à l'ouïe, il pénètre jusqu'à l'âme, et qu'il y fasse naître une pensée ou un sentiment capable de l'émouvoir ou de relever par son affinité avec le bien et le vrai. On aurait tort cependant de confondre le beau avec le bien ou avec le vrai ; toute représentation d'une conception métaphysique ou morale, dèsqu'elleprocèdedelaréflexionpuisque de l'inspiration, aboutit à une composition froide. Le beauest également distinct du sublime: dans le premier, il y a harmonie entre l'idée et la forme, dans le second, le spectacle d'une grandeur et d'une puissance sans limites nous fait oublier leur manifestation sensible, et nous inspire le sentiment de notre faiblesse. Voy. ESTHÉTIQUE, GÉNIE, GOÛT, IDÉAL,IMAGINATION. Pour la bibliographie, Voy. ESTHÉTIQUE.


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