IDÉALISME





IDÉALISME nom donné à divers systèmes philosophiques sur l'origine et la nature des idées considérées au double point de vue de la connaissance et de la réalité. Théorie platonicienne des idées. Dans le Timée Platon expliquant l'origine du monde le compare à une statue qui suppose un bloc de marbre un sculpteur et un modèle le bloc de marbre c'est la matière non la substance qui tombe sous les sens mais le sujet d'inhérence séparé des qualités qui le déterminent le modèle c'est le plan intelligible du monde l'ensemble des idées ou essences (»W?| «vuCai)? qui représentent chacune les caractères stables et universels d'un genre ou d'une espèce et dont les individus périssables ne sont que les copies le sculpteur c'est l'Ouvrier divin (Siiixioùpyoç) la Cause première l'Être suprême et parfait par son intelligence il connaît de toute éternité les idées par sa puissance il a façonné la matière et produit le monde visible à l'image du monde idéal qu'il contemple il est donc une Providence. L'homme participe de Dieu par la raison (voûç) qui le rend capable de concevoir les idées types des choses et de connaître ainsi le vrai le beau et le bien. Comme les sens n'atteignent que ce qui est individuel et variable et que la science a pour but de connaître ce qui est universel et permanent la Dialectique distingue en toutes choses l'essence qu'elle exprime par la définition et parcourant la hiérarchie des idées s'élève à Vidée des idées à l'Intelligence divine en qui subsiste éternellement la vérité. De même dans un bel objet l'esprit sépare la matière du beau qui est visible et tangible de la beauté véritable qui est une idée c'est à cette beauté idéale que se rapporte l'amour qui exalte les plus nobles facultés de l'âme tandis qu'il abandonne l'objet sensible à l'amour qui y correspond c'est elle que l'artiste doit représenter dans ses œuvres. Enfin dans la morale la loi de nos actions est d'être conformes à Vidée du bien et comme Dieu est le bien absolu la plus haute forme de la vertu est l'effort de l'homme pour atteindre à la ressemblance avec Dieu. La même règle s'applique à l'État qui doit dans sa constitution et ses lois réaliser sur la terre l'idée de Injustice. On a fait ace brillant système des objections fondées il n'explique pas la réalité des êtres parce qu'il leur donne deux principes opposés et coéternels Dieu et la ma-tière.substance abstraite dont la notion est toute négative les idées n'étant que les unités logiques des genres et des espèces ne rendent pas raison de la multiplicité des individus ni de leurs différences déplus elles semblent flotter d'une manière indécise entre l'unité absolue et les êtres particuliers de telle sorte que certains historiens de la philosophie comme MM. flrote et de Rémusat ont cru que Platon avait attribué aux idées et à Dieu lui-même considéré comme l'idée des idées une existence autre quecelle des réalités. Plusieurs de ces défauts furent corrigés par Plotin et St Augustin. Éclairé par les critiques d'Aristote Plotin conçut les idées non plus comme des entités logiques et inertes mais comme ! les formes intelligibles et créatrices des individus aussi bien que des genres comme des essences et des puissances en qui se trouvent concentrées dans la simplicité incorporelleleschosesque le monde sen-sible nous montre étendues dansl'espace et dispersées dans le temps au premier degré elles constituent les actes éternels de l'Intelligence divine dans laquelle ce qui est pensé ce qui pense et la pensée ne font qu'un au second les âmes reliées toutes à l'Intelligence divine par la raison au troisième les forces vitales et naturelles qui organisent les corps. St Augustin développant par des aperçus nouveaux l'idéalisme de Platon modifié par Plotin y introduisit la doctrine chrétienne de la création. Théorie cartésienne. Dans les temps modernes quand l'école cartésienne renouvela la philosophie et les sciences en rappelant l'esprit humain à l'étude de sa propre nature et à celle des idées elle s'inspira de l'idéalisme platonicien de St Augustin sans abandonner les vérités que contenait le rationalisme péripatéti-cien de St Thomas. Cette alliance indiquée dans les Méditations de Descartes apparaît clairement dans Bossuet (Connaissance de Dieu et de soi-même. Élévations}^ dans LeibnHz(Théodicée Nouveaux Essais). Idéalisme. Leibnitz s'écarta de Platon et d'Aristote en niant avec Malebranche etBerkeley que nous puissions connaître directement les objets extérieurs ils y furent conduits le premier par son hypothèse de {'harmoniepréétablie le wcond^ par sa vision en Dieu le troisième par l'empirisme de Locke L'erreur commune a ces philosophes a reçu le nom d'Idéalisme quoiqu'elle ne découle pas de la théorie platonicienne des idées Voir Platon limée République Loisetc. Plotin Ennéades Ferraz Psychologie de St Augustin Ravaisson Métaphysique d'Aristote et Philosophie en France au xixe siècle Bordas-Demoulin le Cartésianisme. Idéalisme de la philosophie allemande. Kant s'étant proposé de réfuter le scepticisme de Hume né des doctrines de Locke et de Berkeley voulut soumettre à une critique approfondie les idées de la raison pure. Mais au lieu de ramener l'esprit en lui-même pour étudier lès idées dans leur état concret et leur connexité avec la réalité il les sépara à la fois des objets qu'elles représentent et de l'esprit qui les pense puis comme à cet état d'abstractions elles constituent simplement des lois logiques de la pensée il en conclut que toute la matière de nos connaissances est dans nos sens et que l'intelligence lui donne seulement la forme il réduisit ainsi les idées fondamentales de la raison à de simples conceptions au moyen desquelles nous nous représentons les choses sous certaines conditions d'ordre et d'unité sans que pour cela nous puissions rien affirmer sur l'existence et l'essence de l'univers de l'âme et de Dieu. Cette conclusion négative du Cn-ticisme provoqua l'apparition successive de plusieurs systèmes qui prétendirent expliquer le passage du subjectif a l'objectif pour employer leur formule en donnant de nouvelles bases à la métaphysique d'abord l'Idéalisme Iranscendental de Fichte qui partant du moi tirait de la puissance créatrice de sa pensée l'idée de l'univers et celle de Dieu même puis la Philosophie de l'identité absolue de Schelling qui posa comme principe l'absolu lequel étant l'identité de la pensée et de l'existence du sujet et de l'objet développe son activité infinie sous les deux formes de l'être et de la connaissance du réel et de l'idéal enfin l'Idéalisme absolu de Hegel qui identifiant la Logique et la Métaphysique fit consister la science dans la Dialectique laquelle saisissant les ! essences mêmes des choses dans les éléments constitutifs de la pensée c.-à-d. les idées explique à priori par leur filiation l'existence et les rapports de tous les êtres. Quoique ces systèmes offrent des vues neuves et originales ils pèchent tous par l'abus des spéculations abstraites et la prétention de construire à priori l'univers en se mettant à la place de Dieu ou en partant de lui comme si nous possédions sa science infinie.Consulter Tiberghien Génération des connaissances humaines Willm Histoire de la philosophie allemande P. Janet la Dialectique dans Platon et dans Hegel etc.


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